Sarah Bernhardt : lettre autographe signée

Sarah BERNHARDT (1844-1923), comédienne.

Lettre autographe signée. 7 pages et demie in-12. Sans date [1882]. Papier à son chiffre et devise.

 

Belle et intense lettre : un chagrin d'amour mine de Sarah Bernhardt.

Son correspondant, amoureux d'elle, semble jouer le rôle de confident d'un autre amour de la comédienne.

 

« Non, non, je ne suis pas guérie, non je ne dirai rien de tout cela et vous le savez bien mon cher [nom effacé !] et vous savez aussi comme je l’adore que je le laisse intact debout et tout auréolé dans la chapelle que lui a bâtie mon amour.

J’ai essayé de vous faire pousser une crise de rage par mes mensonges et mes injustices. J’ai espéré que dans cette crise vous laisseriez s’échapper une phrase me blâmant ou m’insultant mais rien rien et j’en conserve une joie tout endolorie mon pauvre Lucien (?) laissez-moi pleurer auprès de vous, laissez-moi me plaindre, soyez indulgent et bon pour ma souffrance.

Je pleure chaque nuit sans que rien puisse bercer mon chagrin ; le jour encore je me grise dans la vie bruyante du théâtre je suis saoule de la poussière banale des planches et je dépense en sensations facétieuses le trop plein de mon moi mais lorsque l’heure grise arrive apportant avec elle les souvenirs des heures passées ; lorsque la nuit m’étreint apparaîtront ses désespérances et sa solitude ; alors je m’abandonne à mon tourment et la jalousie vient battre mes tempes, l’imagination s’assied près de moi et voyez que de sottises. J’ai besoin de dire pour endormir mon désespoir ».

« Ah ! Encore bien sûrement je serai sublime dans Théodora [Sarah Bernhardt incarne l'impératrice byzantine Théodora dans la pièce Théodora de Victorien Sardou en 1882] car pour la première fois de ma vie, longue déjà dans ma carrière parisienne, je me donnerai tout entière et corps perdu dans les illusions de mon rôle. Oui je serai sublime et il me sera donné de l’être ; pour lorsque les jours les mois et les années écoulés, il ne restera de moi qu’un souvenir de gloire il pourra reporter paisiblement et fièrement ses souvenirs dans du passé ; Ah le passé ! Voilà qu’il me reprend et j’en frissonne. Je vous embrasse et je vous aime beaucoup parce que vous l’avouez et je vous aime aussi pour votre droite et loyale nature. J’ai passé ma nuit à lire et relire ses lettres ah ! Non je ne voudrais pas m’en séparer et je comprends qu’il aime les miennes.

Allons, je vous quitte j’écrirai encore tous les jours, je vous en prie (nom effacé), je vous en supplie ; venez un de ces soirs.

 

Je vous suis très reconnaissante ».

Sarah Bernhardt souffre d'amour

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